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  • Pascale Larivierre

Changer, c'est dans les neurones!


"Décidément tu ne changeras jamais!" Qui ne s'est jamais écrié cela? Or, s'il y a une part de vrai dans cette exclamation exaspérée, les neuroscientifiques nous invitent à un peu plus d'optimisme! Certes, on ne changera jamais notre nature fondamentale, mais il est tout à faire possible de modifier et d’améliorer nos comportements! Contrairement à ce que l'on a pu croire pendant de nombreuses décennies, notre cerveau n'est pas un organe figé une fois pour toutes. Si les neurones qui le composent sont en nombre plus ou moins défini, une certaine proportion des connexions qu'ils entretiennent sont malléables et susceptibles d'être modifiées. Cette plasticité cérébrale est à la source de notre capacité à continuer à évoluer et à nous adapter tout au long de notre vie.

C'est grâce à elle que notre grand-mère de 78 ans peut reprendre des cours d'Arabe classique, que les maris peuvent apprendre à mettre leurs chaussettes dans le panier à linge (si si!) et que les épouses peuvent même un jour être prête à sortir (rouge à lèvres compris) en 15 minutes chrono! Un cerveau de limace dans un jardin anglais C'est dans les années 70 que la plasticité neuronale a été mise en évidence grâce à des expériences effectuées sur une petite bestiole répondant au doux nom d'Aplysie. Ce petit mollusque - une limace de mer - a la particularité de posséder des neurones géants faciles à observer. Ces expériences menées par Eric Kandel, prix Nobel de Médecine en 2000, montrent que non seulement les expériences que nous vivons laissent des traces dans les neurones mais que ces traces peuvent durer. Autrement dit, la limace - et nous aussi du coup! - est en mesure d'associer deux évènements (deux stimuli comme disent les psys) pour apprendre un nouveau comportement.

Ce phénomène de plasticité, intervient dès la formation du cerveau et opère une véritable modulation dans l'expression des gènes. Ainsi, l'une des premières conséquences de cette propriété est de faire en sorte qu'il n'existe pas deux cerveaux semblables, même pour les vrais jumeaux. Bien entendu, nous disposons tous (ou alors c'est vraiment grave, Docteur...) des parties normales qu'un cerveau doit contenir: un néocortex pour réfléchir, un hippocampe pour mémoriser, une amygdale et un système limbique pour avoir des émotions, etc. En gros, nous possédons tous le même "hardware". Ce qui explique que nous pouvons quand même arriver à communiquer les uns avec les autres mêmes si certains viennent de Mars, d'autres de Vénus et d'autres encore d'on ne sait pas trop où...

"Pendant la prime enfance, les circuits se construisent, qui sont des circuits non appris. Ils sont programmés pour se mettre en place. Et c'est sur base de ces circuits là que l'apprentissage va pouvoir se faire, explique le Pr van den Bosch de Aguilar, spécialiste de la biologie du cerveau à l'UCL. Si vous voulez, le cerveau, c'est comme un jardin anglais. Vous savez sans doute que les jardiniers anglais, lorsqu'ils créent une pelouse ne dessinent pas les sentiers à l'avance: ils créent la pelouse et ensuite attendent que les gens circulent dans le jardin et ce n'est que lorsque les passages répétés des personnes à certains endroits finissent par laisser une trace que le jardinier crée un joli sentier à cet endroit de passage. Cet ainsi que fonctionne la mise en place des circuits neuronaux: le cerveau va créer des sentiers - soit des circuits - un peu au hasard dont certains seront sélectionnés car plus sollicités que les autres. Et ceux-là, le cerveau pourra les peaufiner, les embellir..."

Ca, c'est la plasticité cérébrale! C'est grâce à elle que nous pouvons apprendre le violon à 50 ans, mais aussi que nous pouvons "soigner" notre timidité, devenir moins anxieux, moins jaloux ou plus aventureux... C'est donc aussi probablement grâce à cette plasticité qu'un phénomène tel que la résilience, la capacité de guérir de ses blessures intérieures, peut se manifester. Sans cette flexibilité du fonctionnement du cerveau, aucune psychothérapie ne serait possible. Emerveillement, basses calories et coenzyme Q10 Cependant, il peut arriver, à certains moments de notre vie, que cette plasticité ne s'exerce plus aussi bien. Lorsque nous repassons sans cesse dans les mêmes sentiers jusqu'à les transformer en ornières, il devient difficile de changer. L'inverse de la plasticité neuronale, explique le Pr van den Bosch de Aguilar, c'est ce qu'on appelle la "cristallisation". A l'extrême, il s'agit d'un retour nombriliste associé à une certaine forme d'hypochondrie chez les personnes âgées. On ne s'occupe plus que de soi et l'on présente un souci exagéré pour sa propre personne. Cela engendre une rupture avec les autres et peu à peu, la personne se retrouve isolée. Or, pour rester jeune il faut se tourner vers les autres!

Pour garder un cerveau jeune c'est-à-dire flexible et capable de plasticité, il faut le stimuler. Sans stimulations, il va sans cesse choisir les mêmes circuits neuronaux, si bien que la personne tombe dans une rigidité comportementale et devient résistante au changement. C’est ainsi que certains comportements plus ou moins pathologiques se mettent à nous dominer.

Alors, que faire pour garder un cerveau jeune et en bonne santé? Eh bien, c'est très simple. Plus le cerveau est stimulé, plus il lui est demandé de s'adapter à de nouvelles choses et plus il est contraint de maintenir sa plasticité. Donc, concrètement, garder une curiosité vive pour le monde qui nous entoure, préserver sa capacité d'émerveillement, bouger, voyager, apprendre de nouvelles choses, entrer en contact avec des gens différents, explorer les sentiers battus... bref tout ce qui est susceptible de constituer des stimulations différentes est bon pour préserver la dynamique et la jeunesse du cerveau.

D'un point de vue biologique, les neurones, sont soumis à des facteurs de vieillissement tels que le stress oxydatif ou un déficit énergétique dû à un affaiblissement du fonctionnement cellulaire. Mais là encore, nous pouvons donner un petit coup de pouce à notre cerveau pour qu'il vieillisse moins vite en favorisant la survie de nos neurones. Au programme, commençons par un régime basse calorie qui diminue le stress, augmente l'espérance de vie, et réduit les pathologies liées au vieillissement. (Sources (1) et (2) ). Enfin, une supplémentation en vitamine E aux propriétés anti-oxydantes associée avec la coenzyme Q10 pour bien favoriser la respiration cellulaire et de acide lipoïque qui régule le métabolisme du glucose, peut contribuer au maintien de la plasticité cérébrale.

Tout cela pour dire, finalement, ce que nous savons tous déjà: "rester jeune, c'est dans la tête!"

Interview du Pr van den Bosch de Aguilar- spécialiste de la biologie du cerveau à l'UCL: Les programmes d'entraînement cérébral, est-ce que ça marche ?

Ca marche dans la mesure où ça maintient pour la personne un intérêt ou une activité, explique le Pr van den Bosch de Aguilar. Ce qui compte avant tout, c’est la motivation. C’est l’envie qui vous pousse hors du lit chaque matin et vous invite à vous dépasser chaque jour un peu. Mais vous pourriez tout aussi bien décider de faire une analyse comparée des romans de Simenon ou apprendre à jouer aux échecs ou faire des mots croisés… L'essentiel est en fait de s'investir dans une activité cérébrale quelle qu'elle soit.

Dans les Programme d’entraînement cérébral élaboré par le Dr Kawashima, les résultats aux exercices renvoient à l’âge du cerveau. Est-il vraiment possible de mesurer ainsi l’âge du cerveau ?

L’âge du cerveau se calcule par rapport à des courbes, des normes si vous voulez. On connaît, parce qu’on les a étudiées, les performances moyennes de la population à tel âge. Si le jeu déclare que votre cerveau a 82 ans, c’est que vos performances correspondent à ce que la moyenne de la population est en mesure de produire à cet âge-là.

Peut-on augmenter son QI avec ces jeux ?

Je ne sais pas si l’on peut devenir plus intelligent mais en tout cas, on peut s’entraîner à résoudre les questions de plus en plus vite et comme le facteur temps intervient dans le calcul du QI alors, oui, d’une certaine manière, on peut gagner des points de QI. Pour en savoir un peu plus… * Dans le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, il est dit: "le nombre de connexions possibles dans un cerveau humain est supérieur au nombre d'atomes dans l'univers"… L’image est belle mais un peu exagérée quand même… Le cerveau contient 100 milliards de neurones. Chacun de ces neurones est susceptible d'entretenir jusqu’à 100 000 connexions - qu’on appelle « synapses » - avec ses semblables. Autrement dit, le nombre de synapses potentiel maximal d'un cerveau humain est un chiffre impressionnant: 10 millions de milliards... soit 10 « exposant »11(note pour la mise en page : est-il possible de mettre cela en chiffres ?). Le nombre d'atomes supposé de l'univers est si grand - astronomique, of course! - qu'il n'y a pas de mots pour le dire, seulement une expression mathématique: 10 "exposant" 80. (idem)

* La capacité crânienne chez l’humain augmente de 4,3 fois après la naissance. Le cerveau est seulement à 70 % de son volume au bout de trois ans. Autour de la naissance du petit humain environ 40 000 synapses s’établissent par seconde. * On perd 10 000 neurones par jour soit 3% sur une vie de 80 ans ce qui n'est pas grand chose. D'autant qu'il existe des circuits redondants et donc le cerveau se débarrasse régulièrement de ce qui n'est plus utile. Cependant, les alcooliques perdent 100 000 neurones par jour soit 30 % du capital et là ça pose problème…

Sources :

(1) La plasticité du cerveau: quels moyens de défense neuronale contre les aggressions?, Ph. van den Bosch de Aguilar, M. Langendries, Patient Care, Neuropsychiatrie, février 2003.

(2) L’alimentation, brochure éditée par Successfull Aging Database, B. Corman et L. Teillet Paris, 2006 (accessible par le site http://www.saging.com/ouvrages.php )

A lire :

A chacun son cerveau, Plasticité neuronale et inconscient, François Ansermet, Pierre Magistretti, Paris, Odile Jacob, 2004, 24,90 Euros.

Comment notre cerveau se répare, se remodèle, se régénère, La recherche Spécial Cerveau, N°410, Juillet-Août 2007.

Pour tester soi-même la mémoire de l’Aplysie, comme au labo :

http://www.mnhn.fr/expo/cerveaux/cerveau/aplysie.htm

Et un chouette site pour découvrir le cerveau en ligne :

www.lecerveau.mcgill.ca/

#Neurosciences #Psychologie #Cerveau #Psychopathologie #Thérapie #Psychothérapie

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