La psychothérapie intégrative fonde la pratique de la psychothérapie sur la valeur intrinsèque de chaque individu. Il s’agit d’une approche qui répond de manière appropriée et individualisée à la complexité de la personne: elle s’adresse tant à sa sphère affective, comportementale, émotionnelle, cognitive, relationnelle que spirituelle. Chaque être humain est un tout qui ne peut être réduit à l’une ou l’autre de ses dimensions. En outre, les multiples facettes d’un individu ne sont pas simplement placées l’une à côté de l’autre: elles interagissent entre elles et de ces interactions émergent de nouvelles dimensions. C’est au coeur de cette dynamique perpétuelle que le changement et l’évolution sont possibles.

 

Traditionnellement, les psychothérapeutes sont regroupés en écoles ou approches. Chacune de ces approches repose sur un ensemble de théories - un corpus théorique - qui possède sa logique interne. Les plus célèbres sont la psychanalyse, les thérapies cognitivo-comportementales, les thérapies systèmiques, les thérapies orientées orientées "client", la Gestalt therapie, l'analyse transactionnelle, la PNL... 

Comme les aveugles de la parabole, les représentants des diverses approches ont tendance à considérer leur perception de la réalité de la personne qui se trouve face à eux comme étant la réalité absolue. 

 

Ainsi, pour un même symptôme, le psychanalyste estimera qu'il s'agit de l'expression refoulée d'une pulsion inconsciente, le comportementaliste cherchera à modifier les comportements dans le but de faire disparaître le symptôme, le systémicien tentera de trouver la cause du symptômes dans les interactions entre le patients et son entourage en vue de modifier les interactions et ainsi supprimer le symptômes et ainsi de suite.

 

Dans notre pratique, nous avons constaté que ces approches monolithiques sont décevantes. Elles n'adressent qu'une infime partie du vécu de la personne qui est en souffrance. Elles ne sont pas suffisamment flexibles que pour pouvoir s'adapter au "style" de chaque personne. Nous avons pu observer, par exemple, que certains patients sont soulagés lorsque nous leur expliquons comment fonctionnent leur cerveau. L'apport des neurosciences nous permet de nous faire une bonne idée de la manière dont les symptômes se mettent en place et s'auto-entretiennent. Les personnes très rationnelles répondent très bien à ce discours car de leur point de vue il est rassurant. Du coup cela, les motive à mettre en place les stratégies qui vont leur permettre d'évoluer.

 

En revanche, le même discours qui paraît rassurant pour l'un, peut-être totalement anxiogène pour l'autre. On ne peut décemment pas parler de recapture de la sérotonine à une personne qui vient de perdre un être cher...

Dans certaines circonstances, l'approche psychanalytique nous sera d'un grand secours: permettre à la personne d'élaborer autour de son deuil et d'être accompagnée dans l'expression de ses émotions. 

Si une jeune adolescente se présente à nous avec des difficultés relationnelles au sein de sa famille, nous n'avancerons pas beaucoup en lui parlant de son cerveau ou en lui proposant de "vivre ses émotions" en séance: dans ce cas, il sera certainement plus constructif de recevoir les parents ou les membres de la famille avec lesquels la jeune fille est en difficulté. 

 

La notion d'intégration peut aussi être considérée comme la capacité de la part du thérapeute à assimiler et harmoniser chacune de ces approches d'une manière qui soit bénéfique et compatible avec notre propre individualité de thérapeute afin de créer un espace intersubjectif ouvert, bienveillant et créatif avec chaque patient.

Il y a très longtemps, en Inde, six hommes très cultivés mais toujours  enclins à parfaire leurs connaissances, allèrent voir un éléphant (bien que tous fussent aveugles) afin que chacun, en l'observant, puisse satisfaire sa curiosité. Le premier s'approcha de l'éléphant et perdant pied, alla buter contre son flanc large et robuste. Il s'exclama aussitôt : « Mon Dieu ! Mais l'éléphant ressemble beaucoup à un mur! ». Le second, palpant une défense, s'écria : « Oh ! qu'est-ce que cet objet si rond, si lisse et si pointu? Il ne fait aucun doute que cet éléphant extraordinaire ressemble beaucoup à une lance ! ». Le troisième s'avança vers l'éléphant et, saisissant par inadvertance la trompe qui se tortillait, s'écria sans hésitation : « Je vois que l'éléphant ressemble beaucoup à un serpent ! ». Le quatrième, de sa main fébrile, se mit à palper le genou du pachyderme. « De toute évidence, dit-il, cet animal fabuleux ressemble à un arbre ! ». Le cinquième toucha par hasard à l'oreille et dit : « Même le plus aveugle des hommes peut dire à quoi ressemble le plus l'éléphant ; nul ne peut me prouver le contraire, ce magnifique éléphant ressemble à un éventail ! ». Le sixième commença tout juste à tâter l'animal, la queue qui se balançait lui tomba dans la main. « Je vois, dit-il, que l'éléphant ressemble beaucoup à une corde ! ». Ainsi, ces érudits discutèrent longuement, chacun faisant valoir son opinion avec force et fermeté. Même si chacun avait partiellement raison, tous étaient dans l'erreur. »

 

La parabole des « aveugles et de l’éléphant, rendue célèbre par le poète américain John Godfrey Saxe