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  • Pascale Larivierre

Que vois-tu, voyant ?


Demander à Madame Irma si Julot reviendra et puis croire à ce qu’elle dira, est-ce bien raisonnable ? Les voyants ont-ils un don? Les « consultants » sont-ils crédules ? Ont-ils besoin d’être rassurés ? Petit point sur la question.

Si le phénomène est massivement rejeté par la science, il n’en reste pas moins qu’une grande majorité de nos contemporains consultent des voyants… Il n’existe pas de statistiques pour la Belgique mais si l’on s’inspire des chiffres de nos voisins français, il y a indéniablement de quoi s’interroger : en 2006, on estimait à 15 millions le nombre de consultations pour un chiffre d’affaire de 3 milliards d’euros. Il y aurait, toujours en France, 100 000 voyants en exercice et une consultation coûte entre 50 et 100 euros. Si l’on tape « voyance » sur google on récolte près de 9 millions d’entrées !

Difficile d’ignorer un tel phénomène.

Mais que faut-il en penser ?

Les voyants nous jettent-ils de la poudre aux yeux ou y a-t-il un fond de vrai dans toute cette histoire ?

Parle-moi de moi…

En 1948, un psychologue américain, B.R. Forer, déclare à ses étudiants qu’il possède un test capable de définir leur personnalité à la perfection. Il leur donne à chacun un questionnaire puis leur donne le résultat suivant : "Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas tourné à votre avantage. À l’extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même. Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu’il fallait. Etc...."

Les étudiants sont stupéfaits : cette description leur correspond parfaitement ! Bien entendu, ils ignorent que Forer a donné la même à chacun d’entre eux et que ce soi-disant résultat « très précis » n’est rien d’autre qu’un patchwork de phrases toutes faites sorties d’un livre d’astrologie !

Cette expérience montre que nous avons une tendance très marquée à accepter des descriptions vagues et générales comme s’appliquant uniquement à nous-mêmes. La raison de ce phénomène tient au fait que le cerveau est un outil destiné à donner du sens aux innombrables perceptions de la réalité que nous captons à chaque instant. Or, nous ne percevons jamais une réalité totale, mais des bouts de réalité. Le cerveau s’applique donc systématiquement à remplir les lacunes pour nous servir une réalité cohérente. Le fait qu’une description soit vague ne semble pas nous déranger : nous nous l’approprions en y apportant nos propres détails personnels. C’est ce qui explique ce sentiment de vérité que nous pouvons parfois éprouver lorsque nous lisons notre horoscope. En outre, cet effet de validation subjective est renforcé lorsque la description s’adresse directement à nous, ce qui est particulièrement vrai lorsque nous sommes en face d’une voyante.

"Lorsque je suis arrivée pour la première fois chez une voyante, j’étais très sceptique, confie Joanna, 34 ans. Mais lorsque je l’ai vue et qu’elle a commencé à me parler mes doutes ont fondus comme neige au soleil. Elle me disait des choses très vraies. « Vous venez de subir un choc psychologique » - je sortais d’une rupture éprouvante. « Vous avez beaucoup souffert, notamment votre enfance n’a pas été rose tous les jours » - mes parents s’étaient séparés lorsque j’avais 7 ans et je me souvenais des disputes qui avaient précédées comme d’un long tunnel d’angoisse. Cependant, si j’analyse son discours à froid, c’est vrai que d’une certaine manière il peut s’appliquer à tout le monde. Qui irait consulter une voyante s’il n’était pas dans une période de problèmes ?"

Qui n’a pas eu à un moment ou l’autre des problèmes au cours de son enfance ?

Un double don

La divination existe depuis la nuit des temps. Nous nous souvenons de la Pythie de Delphes dont l’oracle le plus célèbre fut celui fait à Laïos, père d’Œdipe : « Il tuera son père et épousera sa mère ». Et parmi les plus récentes, l’incontournable Madame Soleil qui fut la star de la voyance sur Europe 1 de 1970 à 1993 ou Elisabeth Teissier qui dans « Votre horoscope » de 2001 annonçait que le 11 septembre serait un « point de lumière », une journée positive pour le monde… Mais ce phénomène aurait-il un tel succès depuis des millénaires s’il ne comportait pas un fond de vérité ? "Au bout d’une trentaine de minutes de consultation, poursuit Joanna, la voyante a posé quatre cartes sur la table et a sursauté. « Mais… c’est avec un autre homme qu’il est parti, votre mari ? ». Là, j’étais bluffée ! Comment pouvait-elle savoir cela ? J’étais si honteuse de cette situation que j’étais loin de m’en vanter ! Et j’étais sûre et certaine de n’avoir rien laissé transparaître d’une manière ou d’une autre. Evidemment, tout ce qui a suivi est devenu pour moi parole d’évangile : j’étais prête à croire tout ce qu’elle me dirait. Y compris et surtout ce que je rêvais d’entendre : que mon mari renoncerait à ses lubies et reviendrait vers moi et nos deux enfants. Ce qui bien entendu ne s’est pas produit. Mais au moment même, je dois reconnaître que cela m’a fait du bien d’y croire…"

Comment expliquer ces fameux « flashs » dont parlent les voyantes ? Selon des psychanalystes auteurs d’une étude sur la personnalité des voyants, ces derniers seraient dotés d’une exceptionnelle empathie qui leur permett de deviner ce qu’il y a de singulier dans l’inconscient de l’autre. Tous les psychanalystes qui se sont intéressés à la voyance reconnaissent volontiers que les voyants accèdent de plein pied à un domaine, celui du désir et des angoisses inconscients, où eux-mêmes ne pénètrent qu’au prix d’un long cheminement.

En outre, même les détracteurs les plus acharnés reconnaissent volontiers que les voyants ont une capacité exceptionnelle d’intégrer une multitude de données sensorielles qui ne franchissent pas le seuil de perception chez la grande majorité des individus.

Les voyants auraient donc en effet un don, celui d’hypervigilance perceptive qui leur permettrait effectivement de percevoir chez autrui ce que le commun des mortels serait bien en peine de détecter. En outre, il apparaît au cours de cette étude que les voyants auraient vécu un évènement traumatique, le plus souvent dans la prime enfance… Séparation, deuil, maladie grave, infirmité ou bien un sentiment aigu d’exclusion ou de solitude. Il est fréquent que le sujet ait expérimenté très tôt la position bien connue de l’enfant-thérapeute à l’égard de l’un ou l’autre des parents. Cela explique peut-être le fait que les voyants soient des gens qui, comme ils le disent eux-mêmes, sont viscéralement révoltés par l’injustice du sort, ne peuvent y rester indifférents et prennent immédiatement parti pour tout qui vient leur demander secours.

Les voyants auraient donc au moins deux dons qui, par les temps qui courent, valent leur pesant d’or : une immense empathie et le désir impérieux de venir en aide aux personnes en désarroi…

Accroc à la voyance

Si les voyants professionnels possèdent un formidable don d’empathie et un désir invisible d’aider les personnes en souffrance, il existe malheureusement aussi en ce bas monde des individus animés de bien moins nobles desseins. Comme partout, il y a des charlatans et à ce titre, la voyance sur Internet fait ses choux gras de la crédulité de personnes plus ou moins désespérées. C’est ce qu’a vécu Fabienne, 46 ans.

"Tout à commencé vers l’âge de quarante ans. Ce cap m’est apparu comme une sentence, une sorte de condamnation. J’avais toujours eu des difficultés pour entretenir, ou même tout simplement créer des relations avec les hommes.

Or, s’il y avait une chose que je désirais le plus au monde, c’était d’être mère. Avoir des enfants, une famille, un foyer. Et depuis mes 17 ans, j’attendais désespérément l’homme de ma vie. Qui n’en finissait pas de ne pas se montrer… Pour mes quarante ans, une amie m’a offert une consultation chez une voyante. « Ainsi, m’a-t-elle dit, tu verras quand il arrivera et tu n’auras plus à t’en faire ». La première visite fut merveilleuse. La voyante m’a rassurée, il arriverait bientôt, nous aurions un garçon et une fille, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

C’est ainsi que je suis devenue accroc. Car après cette consultation, je me suis sentie comme jamais je ne m’étais sentie de ma vie. J’étais pleine d’espoir, je me sentais belle, animée d’un pouvoir de séduction inédit. Je me suis inscrite sur un site de rencontres et j’ai même eu l’une ou l’autre relation. Mais très vite, j’ai dû déchanter. Et j’ai replongé dans le désespoir le plus total. Alors je me suis mise à multiplier les visites chez des voyantes pour retrouver cet état d’euphorie qui avait suivi ma première visite. Mais il durait de moins en moins longtemps. Et pour compenser le manque aigu que je ressentais, je me suis tournée vers la voyance sur Internet.

La nuit, je me réveillais pour aller chercher du réconfort auprès de ces marchands d’espoir. Je devenais folle, je dépensais des fortunes, je ne mangeais plus, je dépérissais. Enfin, une autre amie, un peu plus futée que la première, m’a forcée à prendre rendez-vous chez une psychothérapeute. Il m’a fallu du temps pour m’en sortir. Mais dans la foulée, j’ai appris que mes problèmes avec les hommes provenaient d’une grande dépendance affective héritée de mon enfance et qui faisait fuir mes princes charmants les uns après les autres. Enfin, après trois ans de cauchemar et une lente remontée grâce à la psychothérapie, j’ai enfin rencontré un homme avec je vis aujourd’hui. Nous avons décidé de ne pas avoir d’enfants et de profiter de la vie à deux. J’ai enfin trouvé la paix et la douceur de vivre… "

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